Dans le métro, j’avais le temps d’imaginer.
Comme si je me débarrassais de mes bras, de mes jambes, et que je tenais toute entière dans ma tête, flottant au-dessus de mon corps. Je revissais ma tête après, quand je descendais à la station Maraîchers, aux antipodes de la ligne 9, chez moi.
Je travaillais chez Messieurs-Dames, à Exelmans. Boulevard d’Exelmans, justement. Je parcourais la ligne 9. Une fois le matin, une fois le soir, pour rentrer.
Il m’arrivait de dormir chez Messieurs-Dames, les soirs où ils recevaient et que je restais pour préparer le repas, desservir, nettoyer, ranger. Soit une ou deux fois par semaine. J’en avais jusqu’à la nuit.
Je ne me serais pas permis de faire payer le taxi à Messieurs-Dames.
Cela ne plaisait pas à Fernand ; il aurait aimé que je sois à la maison tous les soirs, à lui faire à manger. Il voulait un gamin, mais on ne pouvait pas, à cause des horaires de mon boulot, et du sien. Il travaillait dans la police. L’arrivée des Allemands avait changé les choses ; Fernand poursuivait les délinquants, et les Juifs.
Extrait de « 14 lignes » « Les mals nés » de Baptiiste Fillon (ligne 9).

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