Grâce à l’opération « Masse critique » de Babelio, une lectrice a écrit cette très belle critique de « Anorexie 10 ans de chaos » de Barbara Leblanc. Nous ne résistons pas à l’envie de vous la faire partager :

« C’est un cri de douleur que ce livre. Un cri de délivrance, aussi, puisque Barbara, après avoir lutté pendant des années contre sa maladie si mal connue, est enfin parvenue à la vaincre. Je tiens à la féliciter pour sa force et sa volonté. Et aussi pour le courage qu’elle a eu de se faire publier. Mine de rien, ce n’est pas facile de se livrer.
Ce livre m’a glacée d’horreur. Comment peut-on autant exiger de son corps ? Comment peut-on vouloir absolument tout contrôler de sa vie ? Comment peut-on finalement se détester au point de s’infliger volontairement autant de mal ? Barbara le raconte comme elle peut, mais tant qu’on ne l’a pas vécu, on ne peut pas le comprendre. Il y a trois ans, je n’aurais jamais pu saisir la portée de son message. Mais je peux (heureusement ?) dire que maintenant j’en suis capable.
Certains symptômes de sa pathologie m’ont surprise – comme quoi, il y a autant d’anorexies que d’anorexiques. Sa volonté désespérée de se dépenser m’a laissée perplexe. Elle voulait – elle DEVAIT – éliminer les quelques petites centaines de calories qu’elle avait eu le malheur de se laisser absorber. Moi, c’est une chose qui ne m’était pas arrivée, j’étais trop faible pour cela. Elle souffrait également de potomanie (besoin compulsif de boire de l’eau, tout le temps) alors que c’est quelque chose qui ne m’a absolument pas touchée.
J’ai lu Anorexie : 10 ans de chaos en seulement quatre heures. le style de Barbara est fluide, très agréable à lire et réellement prenant. Elle a choisi de présenter son histoire sous forme de dialogue avec une amie – Gaëlle. Selon moi, c’est une très bonne chose car cela donne du punch au récit. Des dialogues, des avis, des explications plus accessibles… À mon sens, elle a choisi la meilleure forme pour exprimer son intériorité.
Étant donné qu’on ne s’improvise pas écrivain en voulant raconter un épisode marquant de sa vie – et surtout qu’il est difficile de faire vivre une personne qu’on connaît dans un livre –, je m’attendais, au début de ma lecture, à trouver un style peu précis et une Gaëlle désincarnée, plate et sans personnalité. Eh bien, je me trompais ! Je pense sincèrement que Barbara Leblanc a une très bonne plume et que ce livre gagne à être connu. J’ai l’impression (je ne la connais pas, mais c’est vraiment l’impression que j’ai) que la personnalité de Gaëlle est bien retranscrite. Elle a un sacré caractère, pose les questions sans tourner autour du pot et pourtant, sait faire preuve d’empathie. Elle cherche sincèrement à COMPRENDRE la maladie de Barbara, comme toute bonne copine se doit de le faire. On sent aussi derrière son attitude la formation journalistique qui guide sa méthode d’enquête^^
Pour moi, il est absolument essentiel de faire connaître ce livre dans les milieux hospitaliers, d’en proposer la lecture dans les facs de médecine, en psychologie, partout. Barbara évoque ses confrontations scandaleuses face aux hôpitaux français qui, incapables de comprendre le fonctionnement de sa pathologie, se contentent de la forcer à manger ses trois repas par jour et la coupe du monde extérieur pendant deux mois. Pendant tout cette période, elle n’a le droit de voir sa famille que vingt minutes toutes les deux semaines et d’avoir la visite d’un médecin ami de ses parents le matin, et de sa femme le soir. Et encore, c’est parce qu’ils sont amis, c’est vraiment un traitement de faveur ! Comme si l’isolement était une condition de rétablissement qui permettrait de réfléchir à son avenir… En réalité, c’est un des symptômes des anorexiques, qui cherchent à se couper des regards désapprobateurs et dont le monde de mort ne peut laisser de place à personne d’autre. Elle montre ici qu’il est absolument impératif d’approfondir les connaissances de cette maladie, car l’univers médical est démuni face à elle. C’est une des maladies mentales les moins cernées – quand elle est considérée comme telle, parce que la majorité du corps médical voit les anorexiques comme des « gamines qui ont besoin d’attirer l’attention sur elles, mais qui ne savent pas ce qu’est la vraie souffrance ».
Ce que la médecine ne veut pas comprendre, c’est que c’est une pathologie qui touche à la fois le corps et l’esprit, et que pour guérir, il faut soigner les deux. Mais la tendance à la spécialisation fait que Barbara restera coincée en zone de réanimation pendant deux mois, car elle ne peut être attribuable à un seul service. Parce que l’anorexie touche tout, « mange » tout et finalement, dévore toute la personne.
Merci aux éditions Volume pour m’avoir donné l’occasion de lire ce livre. Cela m’a permis d’ouvrir les yeux sur ce qu’il m’est arrivé il y a deux ans. Sans être allée aussi loin que Barbara, j’ai passé six mois à plonger – me vautrer – dans le manque puis l’absence de nourriture, et huit mois à lutter pour faire machine arrière. Même encore maintenant, j’ai des restes : l’habitude de commander des salades au resto, de me dépenser dès que j’en ai l’occasion, de compter mes calories… Sans bouffer ma journée, cela fait partie de mon quotidien. Entretemps, j’ai quand même réussi à perdre 10 kilos, à faire de l’aménorrhée, à perdre mes forces et à avoir des vertiges tous les matins avant le déjeuner. Mais en comparaison de ce qu’elle a vécu, elle, j’ai l’impression de n’avoir fait que gratter la surface. Et tant mieux.
Je me dois juste de souligner quelques défauts de publication : j’ai relevé des fautes d’accord (en citation de remerciements : « toi qui croit »^^), des fautes de frappe (« j’ai dù », par exemple) et même une ou deux phrases qui ne voulait rien dire, comme si elles avaient été reformulées (mais je n’arrive pas à les retrouver). C’est le seul point négatif du livre, la lecture ayant été tellement absorbante que je l’ai dévoré sans effort. Barbara a su distiller correctement le suspens, délivrant petit à petit de nouvelles informations sur sa vie. On suit le parcours mental qu’elle fait, tout d’abord pour décrire son quotidien d’anorexique, puis pour revenir aux sources, retrouver les raisons de cette souffrance volontaire.
J’ai été profondément touchée par les remerciements aux lecteurs – j’en ai même eu les larmes aux yeux, c’est pour ça que je les ai mis en citation. Après avoir suivi le trajet de Barbara, après avoir compris toutes les souffrances qu’elle s’était infligées dans un souci de perfection, de contrôle, de quête d’amour, j’ai été bouleversée. Et j’ai envie de la remercier pour ce qu’elle a fait. Grâce à cela, peut-être parviendra-t-elle à améliorer la compréhension de cette pathologie et à sauver des vies. Je pense qu’il est très important de faire connaître ce livre, qui montre que l’anorexie ne touche pas seulement les adolescentes en mal de vivre, mais aussi les adultes (tout comme le montre Maman, pourquoi tu ne manges pas ? de Marie Dupont).
J’avais déjà un regard compatissant envers les anorexiques, sachant ce qu’elles vivaient, me doutant de la terrible image qu’elles avaient d’elles-mêmes (j’étais furieuse après une amie qui, en en croisant une dans la rue, s’exclamait presque avec mépris : « Encore une qui est anorexique ! Une vraie baguette, t’as vu ? C’est vraiment n’importe quoi. »). Mais maintenant, maintenant mon regard sera encore plus empathique.
C’est peut-être faux, mais j’ai l’impression de connaître un peu Barbara Leblanc, maintenant. Elle m’a laissé partager les années les plus difficiles de sa vie, n’a pas eu peur de se révéler, et je me sens un peu proche d’elle. Si c’était le but du livre, alors c’est réussi. J’ai même envie d’en savoir plus sur elle. Où en est-elle maintenant ? A-t-elle un poids normal, un peu au-dessus de la moyenne, un peu en-dessous ? Pourra-t-elle avoir des enfants ? Ses proches ont-ils lu ce qu’elle a écrit ? Est-elle heureuse ?
À toutes celles et à tous ceux qui se sentent concernés par cette maladie, à tous ceux qui voudraient mieux la connaître, je vous le conseille : lisez ce bouquin. »

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