Interview Hugues Bernard

A l’occasion de la sortie de son livre « Olé », son auteur, Hugues Bernard, nous a parlé :

Hugues, ton roman se penche sur des milieux très particuliers : les travellers, les militants de la cause animale, les toréros… on sent un engagement dans ton écriture : explique nous un peu la portée de cet engagement.
Je suis libertaire. Je ne vis pas ma vie comme elle doit l’être mais comme je veux qu’elle soit. J’apprécie ce qui sort de l’ordinaire, ce qui pose question et bouscule les évidences. Aller à la frontière des idées reçues pour en tester la validité. Traveller, je l’ai été durant presque dix années, militant pour les animaux je le suis toujours mais de façon moins offensive qu’auparavant. La corrida je suis contre. Comme toutes les pratiques qui sont sources d’oppressions et de souffrances. Mes romans cherchent à montrer qu’un autre monde est possible, que des alternatives existent et que tout n’est pas aussi fermé et inévitable qu’on veut nous le faire croire. Notre vie peut être celle qu’on choisit… mais réellement !

Y a-t-il, à ton sens, une diabolisation des milieux alternatifs ?
Je ne sais pas si on peut parler de diabolisation. Une chose est certaine, les milieux qualifiés d’alternatifs portent la plupart du temps en eux la société de
demain. Toutes les grandes avancées sociales ont trouvé leurs germes dans des milieux “alternatifs” puisqu’en décalage avec la réalité de la majorité de
leur époque. C’est pour cette raison qu’ils sont souvent dénigrés ou combattus par ceux qui veulent que rien ne change, juste parce que cela impliquerait de réfléchir sur ses actes et les choix que l’on fait au quotidien. Faire passer les gens qui tentent d’améliorer les choses pour des fanatiques illuminés ou de doux rêveurs est la meilleures technique pour pouvoir continuer à servir la même soupe infecte à tous les aveugles de ce monde. Mais, tout comme l’eau trouve toujours son chemin, le monde change et avance. Vouloir empêcher cela est illusoire et pathétique. Les dinosaures finissent toujours par disparaître !

Le polar te paraît-il un bon média pour aborder les marges de la société ?
Le polar permet de creuser dans les zones sombres de la réalité de notre société. De mettre les pieds dans la boue sans se salir. Il permet de jouer
avec les évidences et de renverser les choses pour donner à voir la réalité sous un angle différent. C’est très amusant à faire et très riche à construire.
Je crois que bien plus que les marges de la société, le polar permet de mettre le doigt sur les aberrations de la société elle-même, dans toute sa
« normalité ». Y intégrer la marginalité permet de montrer que les plus fous et les plus dangereux ne sont pas ceux que l’on croit !

Dans la construction de ton polar, les « héros » ne sont pas toujours ce qu’ils semblent, certains commettent des erreurs, la vérité n’est pas toujours où on l’attend, les personnages de flics sont sympathiques mais ne semblent pas avoir beaucoup d’emprise sur les choses etc… Le polar a-t-il un rôle moral
pour toi, et dans quel sens ?
Personne n’est simplement tel qu’il est. Il y a ce que l’on veut être, ce que l’on est réellement et la façon dont les autres nous perçoivent. C’est ce qui
rend les relations humaines si complexes et passionnantes… parfois insupportables aussi. Car les gens deviennent très rapidement prévisibles. Comme
je le disais au-dessus, le polar permet d’aller déterrer les cadavres, au sens propre comme au figuré. Dans ce roman policier je voulais construire une
intrigue rapide et efficace, mais aussi jouer avec la complexité des sentiments humains, les tâtonnements, les erreurs… Parler de moral est très
délicat. Mais s’il y a bien une chose que le polar offre c’est un exutoire. Une porte ouverte sur les ténèbres qui sont en chacun de nous. J’ai aussi voulu
avoir des personnages normaux et crédibles. Pas caricaturaux, mais sans leur faire de cadeaux pour autant. Avec leurs problèmes, leurs a priori, leurs
côtés écœurants et insupportables… et leurs recherches de solutions pour essayer d’aller mieux, si extrêmes soient-elles.

  L’humour est toujours présent dans ton texte, est-ce une façon de prendre de la distance ou d’approfondir ton sujet ?
L’humour est un trait de mon caractère. Ne rien prendre au sérieux et surtout pas soi-même. J’aime l’ironie et le second degré. Peut être que c’est une façon de prendre de la distance. Je crois que c’est aussi une façon de supporter la réalité qui m’agresse très souvent. On peut rire de tout si on est prêt à rire de soi-même !
Il y a un rythme haletant dans ton intrigue, est-ce quelque chose que tu as particulièrement travaillé ?
Oui, il fallait que ça aille vite. L’intrigue se déroule sur quelques jours, moins d’une semaine, avec de multiples meurtres et des rebondissements inattendus. Je me suis limité dans le temps en déroulant l’action sur le temps d’une féria, qui s’étale en général sur un long week-end.

Penses-tu que le polar peut être une espèce d’hallucination permanente ? Une façon déjantée d’aborder un monde souvent
déjanté ?

Je crois que la vie de la plupart des gens est une hallucination permanente. Que seuls les malades mentaux arrivent à vivre sans problème dans le monde tel qu’il est… A mes yeux, mes romans sont plus réalistes et lucides que la « réalité » quotidienne de ce monde.

Quels sont tes projets ?
J’ai d’autres projets de polars qui sont en train de murir dans un coin de ma tête. Toujours dans des univers un peu hors normes et décalés. C’est ce qui m’inspire. A voir lequel ressortira et me donnera envie de le coucher sur le papier. En parallèle je suis artiste plasticien et j’expose mes travaux de (dé)collage régulièrement. Et depuis peu je suis chauffeur/livreur de farine… pour le fric !

 

Connaissez -vous bien la guerre de 14-18?

2014 marquera le début des commémorations de « La Grande Guerre ». A cette occasion, un petit quiz pour tester vos connaissances sur cet évènement majeur du XXème siècle :

Imagequiz

 

 

Nous offrons 1 exemplaire du livre « Du sang sur les bleuets » de Jean-Marie Borghino aux 5 meilleures réponses!

Films célèbres sur la guerre de 14-18

En cette année de démarrage des commémorations du centenaire de la première guerre mondiale, une liste (non exhaustive) de films ayant traité du sujet :

« Charlot soldat » de Charlie Chaplin et « La grande parade » de King Vidor. Les pionniers : l’un sur le mode comique, l’autre beaucoup plus mélodramatique, ils essaient de rendre compte de la cruauté des évènements qui viennent de terminer (moins de 10 ans avant). En France, « Les croix de bois » de Raymond Bernard se rapproche du film de Vidor :

 

« Les sentiers de la gloire » de Stanley Kubrick. Le plus polémique car interdit de diffusion en France pendant près de 20 ans car traitant du sujet tabou des « fusillés pour l’exemple ». Ci-dessous un extrait très fort :

« La grande illusion » de Jean Renoir. Un grand classique, magnifique. Son thème pacifiste est tellement universel qu’on oublie presque que la toile de fond de ce grand film est justement la guerre de 14-18. Réalisé en 1937, Jean Renoir espérait que cela pouvait changer les consciences à l’aube de la deuxième guerre mondiale qui s’annonçait. Découvrez ci-dessous la bande annonce originale :

 

Plus récemment, Bertrand Tavernier s’est plongé deux fois sur le sujet, avec « La vie et rien d’autre » et « Capitaine Conan » :

 

Et François Dupeyron s’est penché avec talent sur le sujet des « gueules cassées » ces hommes défigurés au combat, dans « La Chambre des Officiers » :

 

Interview vidéo Jean-Marie Borghino

A l’occasion de la sortie de son livre « Du sang sur les bleuets » qui évoque la guerre de 14-18, retrouvez une belle interview de son auteur en vidéo notamment illustrée par la belle chanson de Maxime Le Forestier « Les Lettres » (et spécial merci à notre collaborateur Philippe).

 

Interview Jean-Marie Borghino

Jean-Marie Borghino, vous êtes un jeune auteur puisque c’est la première fois qu’un livre, édité aux ÉditionsVolume et qui doit sortir en décembre, portera votre nom. Ce n’est pas un roman, ni même une autobiographie mais une plongée en apnée dans les horreurs de la guerre 14-18 que vous abordez par la fiction. Or vous n’êtes pas historien. Pouvez-vous nous dire ce qui vous poussait à vous lancer dans ce projet d’écriture ?

Je suis passionné d’histoire et la guerre de 14-18 était et demeure un de mes sujets favoris donc j’ai pu recueillir beaucoup d’informations au fil du temps. J’ai un grand-père qui a fait toute la guerre de 14-18. Malheureusement  je n’ai pas pu lui demander des informations car il est décédé alors que j’étais très jeune. Mais j’ai donc récolté pas mal de renseignements  et un jour, j’ai décidé de mettre noir sur blanc tout ce que je savais sur ces évènements. C’est ma passion qui m’a poussé à écrire. Je ne savais pas au départ que cela serait un livre. Puis j’ai eu une intuition: je vais créer des personnages et leur faire vivre la guerre.

Ce qui est remarquable dans votre livre, c’est que vous avez retrouvé le ton, l’écriture des poilus. Pouvez-vous expliquer comment vous avez abordé cet aspect ?

Au travers de toutes les infos que j’ai pu prendre dans les livres, je me suis transposé, je me suis mis à leur place. J’ai réussi, en toute modestie, à faire revivre à mes personnages cette horreur, cette tragédie qu’ils ont vécu. Et je me suis aperçu que j’avais à transmettre de l’émotion, cette émotion que tous ces malheureux ont pu subir pendant quatre années. Je m’identifie à mes héros, mes héros, c’était le vrai mot : car au fil de tout ce que j’ai pu engranger lors de mes recherches, je me suis dit: quelle horreur, quelle souffrance ils ont du subir. Et des deux côtés, on leur a fait vivre une horreur. Comment on a pu leur faire une chose pareille?

Vous étiez jusqu’à votre retraite employé municipal à Aix en Provence chargé de la collecte des ordures. Un emploi  modeste comme ceux de ces soldats qui souffrirent tant dans les tranchées. Ressentez vous avec eux une fraternité au delà des années ?

Comment ne pas l’être? Vous avez remarqué que dans mes sujets, je ne me suis pas substitué à un officier d’état-major par exemple. J’étais tout le temps sur le terrain. J’étais sur le terrain «avec eux». Mais c’est vrai que c’était pour moi une grande motivation, que d’essayer de ressentir, en toute modestie car c’est difficile, on ne peut pas vraiment ressentir ce qu’ils avaient vécu.

Finalement le moteur de votre écriture ? Leur rendre hommage pour le centième anniversaire du début de ce conflit ?

Oui tout à fait. On va commémorer ce centenaire et c’est vrai, je me suis dis : je vais un peu contribuer à les faire revivre, ces gens qui ont été oubliés car la mémoire collective n’a plus aucun repère sur cette période. Ce ne sont pas quelques lignes dans un livre d’histoire qui peuvent vraiment expliquer tout ce qui s’est passé. Voilà, donc c’est très complet comme tragédie (car c’est la première grande tragédie du 20ème siècle) et là-dessus le sujet est illimité, on pourra toujours faire reparler ces gens les faire revivre, mettre des noms sur des photos car tout ce qu’on a retenu de cette guerre, ce sont des images en noir et blanc, qui n’intéressaient pas grand monde. Et c’est vrai que si on arrive de nos jours à redonner une vie à ces gens, pour expliquer les souffrances qu’ils ont subies, ce sera un point de marqué, on aura vraiment gagné quelque chose.

Couv-Borghino-Home-Aparaitre Et retrouvez la biographie de Jean-Marie Borghino ICI.

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