Pour la nouvelle année : un extrait de Trésor d’Alecia McKenzie

Trésor a reçu le Prix Carbet des lycéens en 2017 et le Prix du Commonwealth pour la région Caraïbe

Je me suis demandé combien d’années il t’avait fallu pour parfaire ce mouvement de balancier. Ton déhanché était un signal d’alarme, et j’aurais dû m’en méfier. Mais comme tous les autres idiots qui ont croisé ton chemin ce jour-là, je n’arrivais pas à détourner les yeux, à m’empêcher de vous regarder, toi, et tous ceux qui te regardaient.
Certains hommes étaient incapables de se satisfaire d’une œillade en coin : plusieurs d’entre eux ont brusquement fait volte-face pour pouvoir t’admirer encore un peu. Quelques-uns t’ont sifflée, et je me suis demandé si tu avais souri ou gardé les yeux fixés droit devant toi. Je n’arrivais pas à le deviner aux mouvements de ton dos.
Tu as tourné dans la 113ème rue en direction de Broadway et je t’ai suivie, émerveillé par la façon dont ta robe verte à motifs soulignait parfaitement la courbe de tes fesses. Je t’ai emboîté le pas sur trois pâtés de maisons. Tu t’es arrêtée devant une vitrine et as semblé admirer son contenu avant de pousser brusquement la porte et d’entrer. Il y avait un tableau exposé derrière la vitre et l’enseigne au-dessus de la porte indiquait « Galerie Guacha ». C’était mon travail après tout – regarder l’art, en parler, écrire des articles à son sujet ; alors je suis entré moi aussi.
Je me suis senti un peu désorienté en me retrouvant soudain face à ces gigantesques toiles accrochées aux murs. Tant de couleurs, tellement de visages. C’était comme entrer dans un asile de fous où tout le monde serait habillé de façon absurde et semblerait vouloir inviter le spectateur à la perversion.
Il m’a fallu un moment pour m’apercevoir que quelqu’un me parlait.
— Elle est sensationnelle, n’est-ce pas ?
— Hein ? ai-je fait en me tournant vers la personne qui se trouvait à mes côtés.
Un homme blond aux cheveux courts, au visage franc et à la mâchoire carrée m’observait de ses yeux bleus et rieurs.
— Je m’appelle Paul, m’a-t-il dit. Je suis le propriétaire de la galerie. Je vous fais visiter ? Nous avons une nouvelle exposition. D’ailleurs, vous avez de la chance, l’artiste elle-même vient de franchir la porte – le vernissage a lieu ce soir.
J’ai balayé la salle du regard, mais n’y ai pas trouvé la moindre trace de ton affriolante robe verte. J’ai tendu la main à Paul.
— Josh Scarbinsky. J’enseigne l’histoire de l’art à l’université de New York.
— Hé, je connais ce nom ! s’est-il exclamé en me serrant la main. J’ai vu quelques-uns de vos articles dans le journal. Vous avez écrit deux-trois livres aussi, non ?
Quoique flatté, j’ai essayé de ne pas le montrer.
— Oui, j’écris un peu de temps en temps, ai-je marmonné avec l’humilité qui convenait.
— Je suis sûr que Cinea serait ravie de faire votre connaissance. Elle doit être dans le bureau, je vais la chercher.
En attendant son retour, j’ai contemplé tes tableaux, incapable de dissiper le trouble qu’ils m’inspiraient. Tous dégageaient une énergie sauvage et malicieuse, avec leurs lignes audacieuses et leurs couleurs éclatantes. En les regardant, j’ai pensé à Frida Kahlo, à Miró et à cette artiste indienne, Amrita Sher-Gil. Je me suis demandé d’où tu venais. Probablement d’Amérique du Sud, me suis-je dit, tout comme tu étais probablement arrogante et très désagréable lorsque tu n’étais pas en train de peindre. Une irrésistible envie de partir m’a saisi tout à coup. Puis tu es apparue.
— Enchantée, je suis Cinea.
Tu avais la voix grave et légèrement voilée – par la cigarette peut-être –, et de grands yeux bruns en amande pour le moins envoûtants. Tu m’as souri.
— Ah, oui, bonjour, ai-je baragouiné, conscient de l’air niais qui s’affichait sur mon visage. J’étais justement en train d’admirer votre œuvre. Je vous avoue que je suis assez impressionné.
Je ne t’avais pas imaginée si jeune. Tu aurais très bien pu faire partie de l’une de mes classes de master – une étudiante ignorante parmi les autres. L’espace d’un instant, je t’ai imaginée nue dans le salon de mon appartement, entourée de tes étranges tableaux.
— Vous venez au vernissage ce soir ?
— Ah, oui. Il… hum… il m’en a parlé.
— Paul ?
— C’est ça, Paul. Il a dit que le vernissage aurait lieu ce soir. Est-ce qu’il faut une invitation ?
— Je viens de vous la donner.
Ton regard était si direct que je me suis senti obligé de détourner le mien.
— Dans ce cas je serais ravi de venir. Je n’enseigne pas ce soir.
— Où est-ce que vous enseignez ? m’as-tu demandé.
— Université de New York. Histoire de l’art.
— Vraiment ? Vous ne pouvez pas manquer ça alors, as-tu déclaré en riant. C’est tout à fait votre rayon. Je suis navrée, j’ai encore quelques détails de dernière minute à régler, mais on se voit tout à l’heure ?
— Carrément ! me suis-je exclamé, avant d’avoir pu formuler une réponse moins ridicule.
Tu es retournée à ta tanière d’un pas bondissant, tes hanches oscillant de droite à gauche.
En sortant de la galerie, j’ai appelé le journal pour leur parler de cette toute nouvelle peintre, une jeune artiste incroyable sur laquelle je m’apprêtais à faire un article. La responsable de la rubrique Art et Culture a dû entendre l’enthousiasme inhabituel qui perçait dans ma voix, car elle m’a dit qu’elle viendrait au vernissage si elle trouvait le temps.
Mais tu n’avais vraiment pas besoin que je te fasse de la publicité ; la galerie était pleine à craquer ce soir-là et l’atmosphère bourdonnait de murmures enthousiastes. Paul avait marqué le coup en proposant de la nourriture jamaïcaine : poulet jerk, riz et haricots rouges, mouton au curry. Il y avait du rhum dans tous les cocktails – beaucoup de rhum – et dès qu’un verre se vidait, les serveurs joviaux engagés par la galerie s’empressaient de le remplir à nouveau. Personne n’avait envie de partir.
À vingt-deux heures, trois heures après le début la soirée et le petit discours de Paul encensant « la plus grande découverte que l’art ait connue » depuis son entrée dans le business, nous étions tous encore là, ivres et amoureux de toi. Enfin, tous hormis Susie, ma rédactrice en chef, qui était arrivée tard et n’était pas restée longtemps. Elle t’avait détestée au premier coup d’œil ; je l’ai vu à la façon dont elle fronçait des sourcils en te détaillait des pieds à la tête. Avec ses chemisiers, ses pantalons taillés sur mesure et ses dizaines de relations ratées, Susie ne supportait pas les femmes comme toi…

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Manuel d’un psy décomplexé : une critique

Avant sa parution en janvier, une critique de Leraut sur Babelio :

Cet essai original, unique, complet, déploie des mots sur les maux. Mais pas que.Joseph Agostini psychanalyste, écrivain, à la plume précise, érudite, vient de mettre au monde un « Manuel d’un psy décomplexé » de renom. Tout est matière à réflexion. Cet essai se lit, s’apprend, et se comprend. On prend pour soi ces morceaux d’architecture qui détricotent ce que la psychanalyse renvoie dans le miroir de l’intériorité du lecteur. Ce dernier devient apprenant de cette science qui subrepticement place les forces mentales du lecteur en face à face avec ces maladies qui de siècle en siècle n’achèvent pas leur progression. Cet essai est d’un genre particulier, il est à la fois source de savoirs et l’océan à marée basse lorsqu’il ne reste que l’explication. « Une chape de résistance est tombée sur les amours oedipiennes, comme un orage de printemps sur un champ de coton. » « Papa nous avait promis quelque chose : si on lâchait maman et qu’on arrêtait de se prendre pour un idéal sur pattes on aurait le droit de vivre tranquille. »Les parties de cet essai explicites et claires renforcent la puissance de lecture comme si le lecteur se trouvait en pleine conférence. L’écriture de Joseph Agostini devient résonnance et écho. le lecteur ne cède aucune ligne face à la percutante impression que ce livre est pour lui. Au contraire, il prend les brassées de mots et ces derniers deviennent fusion et force. « Il saisit viscéralement que la place à laquelle il a été assigné peut changer le cours de l’analyse, qu’il n’y a pas de destin scellé avant l’heure de la mort. »Cet essai est un levier de moyens. Une alliance avec une sociologique attitude vitale, une sociétale création intime. Ce livre devient ce que la naissance peut concevoir de notre avancée dans notre propre vie…
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MANUEL D’UN PSY DÉCOMPLEXÉ

Manuel d’un psy décomplexé

Extrait d’un livre de Joseph Agostini en librairie le 23 janvier.

À côté, il y avait justement un monsieur qui était très content de nous voir, mais qui était aussi très jaloux. Depuis notre arrivée, il n’avait plus trop de temps avec sa femme, qui préférait de loin s’occuper de son bébé. C’est ce que le pédiatre anglais Winnicott a appelé la « préoccupation maternelle primaire », une époque où la maman est amoureusement hors service, tant elle est accro à son bébé et qu’elle croit au bonheur éternel à ses côtés.

La page consacrée à l’ouvrage

LA PSYCHANALYSE NOUS GUÉRIT-ELLE DE TOUT, SAUF DE NOUS-MÊMES ?

La différence entre le monde des enfants et le monde des adultes ? Dans le deuxième, tout est tombé sous une sorte d’amnésie. Les adultes ne se souviennent plus de leurs amours enfantines pour leurs parents, des événements traumatiques qui ont déterminé leur vie inconsciente, des représentations qui ont généré leurs choix amoureux, amicaux, professionnels…

Manuel d’un psy décomplexé Illustration Jean-Luc de Antoni

LE JOUR OÙ NOUS AVONS COMPRIS QU’AVANT DE FAIRE DES RÊVES, NOUS EN ÉTIONS UN !

Quand les autres ont-ils pensé à nous pour la première fois sur cette Terre ? Il peut arriver à chacun de songer à ce qu’il sera pour les autres une fois mort, le jour de son enterrement par exemple. À quel morceau d’Albinoni, d’Édith Piaf ou d’Iggy Pop aurai-je droit ? Les générations à venir me donneront-elles raison et verseront-elles de chaudes larmes sur la pertinence de mon épitaphe ?

La page consacrée à l’ouvrage

la page facebook https://www.facebook.com/manueldunpsy/

Manuel d'un psy décomplexé de Joseph Agostini ilustré par Jean-Luc de Antoni éditions Envolume

La Fuite de Ève Chambrot un roman construit comme une tragédie

Je n’ai pas exactement « perdu » la foi, comme on égarerait un portefeuille ou un trousseau de clés. C’est plutôt comme si j’avais été peu à peu vidé d’une substance interne, d’un sang invisible qui aurait suinté hors de moi pendant des années jusqu’ à ce que, un beau matin, je me sois retrouvé différent.Nu et abandonné. Je n’avais plus envie d’aller à l’ église et le zèle des autres paroissiens commençait à m’agacer. J’ai été à l’origine de nombreuses disputes aux repas familiaux du dimanche : je voulais tout décortiquer, tout comprendre et personne n’argumentait valablement dans le camp opposé. Les incohérences de la Bible me sautaient subitement aux yeux,comme une révélation à l’envers. J’ai passé des nuits à en faire l’ inventaire avec un soin maniaque : les dates, les noms,les périodes, les chronologies, rien ne tenait sérieusement.
Des questions iconoclastes me venaient en permanence à l’esprit : Adam avait-il un nombril ? Sans parler du Saint Suaire, probablement fabriqué au Moyen Âge ! Quant aux miracles… De la foutaise, oui ! Comme tout le monde, je le reconnais, j’ai appelé de mes vœux des miracles qui ne sont pas venus. Des miracles que j’aurais mérités pourtant, pendant ces longues années où j’avais été un fidèle obéissant. C’ était moins douloureux de cesser d’y croire.
Ève Chambrot La fuite

14 lignes… Des nouvelles dans le métro

Dans le métro, j’avais le temps d’imaginer.
Comme si je me débarrassais de mes bras, de mes jambes, et que je tenais toute entière dans ma tête, flottant au-dessus de mon corps. Je revissais ma tête après, quand je descendais à la station Maraîchers, aux antipodes de la ligne 9, chez moi.
Je travaillais chez Messieurs-Dames, à Exelmans. Boulevard d’Exelmans, justement. Je parcourais la ligne 9. Une fois le matin, une fois le soir, pour rentrer.
Il m’arrivait de dormir chez Messieurs-Dames, les soirs où ils recevaient et que je restais pour préparer le repas, desservir, nettoyer, ranger. Soit une ou deux fois par semaine. J’en avais jusqu’à la nuit.
Je ne me serais pas permis de faire payer le taxi à Messieurs-Dames.
Cela ne plaisait pas à Fernand ; il aurait aimé que je sois à la maison tous les soirs, à lui faire à manger. Il voulait un gamin, mais on ne pouvait pas, à cause des horaires de mon boulot, et du sien. Il travaillait dans la police. L’arrivée des Allemands avait changé les choses ; Fernand poursuivait les délinquants, et les Juifs.
Extrait de « 14 lignes » « Les mals nés » de Baptiiste Fillon (ligne 9).

Les dédicaces de Bernard-Marie Garreau – Litanies pour des salauds

Précisons sur les dédicaces de Litanies pour des salauds par Bernard-Marie Garreau

Après le 14 octobre à la nuit du polar à Châteauroux,
le 21 octobre à la bibliothèque de Briare (Signature-débat),
le 22 octobre au salon de Sagonnes,
le 28 octobre à la Maison de la Presse Aubigny

Dédicaces,
le 25 novembre Au fil des mots à Gien, 14 quai Maréchal Joffre, de 14H30 à la fermeture,
le 2 décembre à Bourges à 15H00 à la librairie La poterne de Bourges
ET à LA Rhumerie à Paris, boulevard Saint-Germain, le samedi 9 décembre à de 9h00 à 11h30.

Ddicaces Bernard-Marie Garreau Litanies pour des salauds