Je n’ai pas exactement « perdu » la foi, comme on égarerait un portefeuille ou un trousseau de clés. C’est plutôt comme si j’avais été peu à peu vidé d’une substance interne, d’un sang invisible qui aurait suinté hors de moi pendant des années jusqu’ à ce que, un beau matin, je me sois retrouvé différent.Nu et abandonné. Je n’avais plus envie d’aller à l’ église et le zèle des autres paroissiens commençait à m’agacer. J’ai été à l’origine de nombreuses disputes aux repas familiaux du dimanche : je voulais tout décortiquer, tout comprendre et personne n’argumentait valablement dans le camp opposé. Les incohérences de la Bible me sautaient subitement aux yeux,comme une révélation à l’envers. J’ai passé des nuits à en faire l’ inventaire avec un soin maniaque : les dates, les noms,les périodes, les chronologies, rien ne tenait sérieusement.
Des questions iconoclastes me venaient en permanence à l’esprit : Adam avait-il un nombril ? Sans parler du Saint Suaire, probablement fabriqué au Moyen Âge ! Quant aux miracles… De la foutaise, oui ! Comme tout le monde, je le reconnais, j’ai appelé de mes vœux des miracles qui ne sont pas venus. Des miracles que j’aurais mérités pourtant, pendant ces longues années où j’avais été un fidèle obéissant. C’ était moins douloureux de cesser d’y croire.
Ève Chambrot La fuite

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