2ème édition en librairie le 15 octobre 2015
256 pages

Sous la direction d’Izabella Borges-Barrot
ISBN : 978-2-37114-035-6
 
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Résumé

Aimoré, faussaire de tableaux, se bat avec l’art.. Il s’accroche à l’écriture sur son ordinateur. Il essaie de retrouver l’axe de sa vie sur une bande enregistrée, son histoire. Le roman se passe à Rio de Janeiro à l’époque actuelle, avec des incursions dans les paysages magiques de la Baie de Babitonga, dans le sud du Brésil. Le lecteur passe de la condition de visiteur d’expositions de peinture, bercé par des accords musicaux, à celle de complice d’un narrateur en quête hallucinée du portrait réel de sa vie. Le désespoir de se trouver pris dans un processus de folie constitue aussi pour Aimoré l’angoisse d’essayer de comprendre l’ambiguïté d’aimer et d’être aimé. C’est dans le quotidien de la ville de Rio, dans les mouvements de l’histoire du Brésil et de la peinture contemporaine qu’Aimoré, entre webcams, réseaux sociaux et meurtres, devra rencontrer Ana Perena, sa muse de la baie de Babitonga.

(traduit du brésilien par Richard Roux)

Extrait 1

D’accord, professeur. Je suis né au Portugal, à Coïmbre exactement, le premier mars 1980. Nous sommes venus au Brésil — à Florianópolis —, quand j’étais encore jeune. Quelques années après, trois ou quatre, nous sommes retournés au Portugal. J’ai étudié la peinture à l’université de Lisbonne : les Beaux Arts.
– Vous êtes revenu définitivement au Brésil à quel âge ? Vingt et un, juste après la fin de mes études.
– Vous n’avez plus du tout l’accent portugais.
– En effet. Je suis au Brésil depuis presque quatre ans. Il y a quelques jours, je me suis même vu à la télévision au cours d’une interview réalisée pour le Journal de la Band, et je me suis trouvé intéressant ; j’ai noté, en effet, que j’avais l’accent de São Paulo, parfois celui de Rio de Janeiro et que, d’autres fois, j’utilisais la syntaxe du Portugal. Je ne sais pas si c’était vraiment moi, car je regardais mes amis et eux ne semblaient pas me reconnaître à la télé. Mais en parlant ensuite de ça avec des gens, sur Internet, j’en ai eu la confirmation : quelques personnes m’avaient vraiment vu sur l’écran de télé.
Au commencement, je suis allé habiter chez un oncle à Lajes, état de Santa Catarina. Un frère aîné de ma grand-mère – ma mère est brésilienne. C’est un riche propriétaire terrien, déjà bien âgé — il a été ami de Getúlio Vargas. Chez lui, sur les murs, il y avait une quantité de tableaux de peintres brésiliens parmi les plus importants. J’ai commencé à les reproduire ; j’adore peindre.

 

Extrait 2

Alors, comme ça, c’était l’été, quand vous avez peint le tableau de Portinari, monsieur Aimoré Seixas ?
Pas de Portinari : de moi, maître Orestes, de moi.
OK, d’accord, de vous.
Oui, c’était l’été.
Mais alors, comment l’herbe était-elle gelée, dans la montagne ?
Je suis sûr que, quand j’ai peint L’Enfant mort, c’était l’hiver, je me rappelle le feu dans la cheminée.
Vous ne seriez pas allé plus de deux fois dans cette fazenda ?
Si, je crois que j’ai peint L’Enfant mort en deux fois, je l’ai fait en deux fois : pendant l’hiver et pendant l’été.
La première fois, vous vous êtes enfui, monsieur Aimoré Seixas, c’est tout.
Enfui ?
C’est ça, enfui. Il ne manquait plus que l’enfant mort dans les bras de sa mère et vous avez disparu, c’est tout ; on a retrouvé Aimoré Seixas dos Campos Salles de Mesquita Ávila à Rio de Janeiro. Quelqu’un a dû aller vous chercher à Lajes et tous nous rouler. Nous avons quand même vendu le tableau : les intermédiaires qui l’ont acheté n’y ont rien vu, ils n’en ont pas eu le temps. Ils ont pris le fric, qui était dans un sac du supermarché Angeloni, d’Itajaí, sur un parking de l’aéroport de Navegantes. Nous, on avait laissé la toile dans un tube entortillé dans du scotch ; on a cavalé vers la salle d’attente de l’aéroport et, en peu de temps, on était à São Paulo.

Si le tableau a quand même été vendu, alors tout va bien.
Non, tout ne va pas bien. Je veux récupérer ce tableau, il faut que vous combliez l’espace vide, il faut faire apparaître l’enfant. Nous sommes persuadés que personne n’a osé peindre ce satané gamin : cela reviendrait à falsifier le tableau peint par Aimoré Seixas dos Campos Salles Mesquita Ávila, et il n’y a pas d’autre peintre ayant votre talent. Vous n’auriez pas une petite idée de l’endroit où ce tableau sans l’enfant pourrait bien se trouver ?
Vous savez, professeur Albano, je ne leur ai pas dit que je l’avais déjà peint – c’était un autre groupe, un gang rival – et je les ai mis dans ma poche, comme des couillons. Pour chaque clan, j’invente une histoire différente et je te les entortille vite fait bien fait, je te leur monte des bateaux à dormir debout et eux, ils gobent tout, et ils pensent que je suis cinglé, schizophrène. Après, j’écoute Marina Lima sur mon baladeur et je prends mon pied. La logique et le temps ne sont que des inventions, c’est bien pour ça que j’ai le droit de créer ma propre logique et mon propre temps.

 

Le tableau de Candido Portinari « Menino Morto »

Candido Portinari "Menino Morto"

On en parle dans la presse

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Coup de coeur du Figaro du jeudi 18 mars 2015…lire la suite

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« D’abord cela me fait plaisir de retrouver la France… » …écouter l’interview

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« Un livre filmique qui fait penser parfois à Almodovar… » … lire la suite

TV5 Monde
Une longue interview de Godofredo de Oliveira Neto. Voir la vidéo

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et le célèbre chroniqueur Ancelmo Gois.

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GodofredoNeto

Godofredo de Oliveira Neto

Godofredo Neto est né à Blumenau, dans le sud du Brésil. Il est l’auteur de 11 romans à succès dont L’ enfant caché, qui a remporté l’une des statuettes du Prix Jabuti de littérature brésilienne décerné à São Paulo en 2006. L’auteur a vécu longtemps à Paris, lieu du scénario d’un de ses romans, Amours exilés. Il enseigne la littérature brésilienne à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro.

Bibliographie : Le roman O Bruxo do Contestado, en 1996, a conduit Godofredo à figurer parmi les noms les plus importants de la littérature brésilienne. Bâti sur trois époques historiques — la guerre du Contestado, la Deuxième Guerre mondiale et la dictature militaire, il a été salué par la critique et étudié dans les universités du pays. Amores exilados, sorti un an plus tard, a pour scénario l’univers des exilés brésiliens à Paris dans les années 70, époque vécue par l’auteur lors de son long séjour dans la capitale française.
Puis Marcelino, un roman très beau et très sensible dont l’histoire se situe dans les années 40. Un jeune pêcheur métis va être victime de la perfidie du gouvernement Getulio Vargas pendant la Deuxième Guerre mondiale.
Le roman Ana e a margem do rio, présente avec grande habilité toute la mythologie de la forêt amazonienne.
L’enfant caché, oeuvre considérée comme novatrice du point de vue formel, a remporté, en 2006, l’une des statuettes du Prix Jabuti de littérature brésilienne.
Godofredo Neto vient de publier un recueil de nouvelles inspiré de l’écrivain majeur du 19e siècle brésilien, Machado de Assis, et termine Grito, roman qui se déroule de nos jours, à Copacabana et dont le lancement est prévu fin 2015.

Envolume : Le personnage, Aimoré, sillonne les rues de Rio, mais il y a d’autres endroits du Brésil décrits dans le livre.
Godofredo Neto de Oliveira : Le personnage vit à Rio, mais connait le sud du Brésil. Ce sont deux espaces qui me sont familiers: je suis né et j’ai grandi dans la Vallée de l’Itajai, à Santa Catarina, et j’habite à Rio depuis des décennies.Tout se passe à l’époque actuelle.

E : Pourquoi ce titre « L’Enfant Caché »?
G : Aimoré peint et il a fait plusieurs copies d’un célèbre tableau de Candido Portinari  » Menino Morto ». Dans l’un de ses faux, il laisse en blanc l’espace où devrait figurer l’enfant dans les bras squelettiques de sa mère, fuyant la sécheresse du Nord-est brésilien.

E : Il ya a aussi un vide amoureux dans la vie d’Aimoré?
G : Oui. Ana Perena, son grand amour, disparaît, ce qui va aggraver sa détresse et sa folie.

E : Le personnage fracturé d’Aimoré est-il un personnage du XXI siècle ?
G : Tout à fait. J’ai voulu montrer que la fracture du sujet contemporain s’accentue actuellement avec le manque d´humanité et de tendresse. L’intérieur et l’extérieur en morceaux, comme la vie d’Aimoré, peuvent être recomposés par un peu plus de délicatesse dans les relations humaines.

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