Emmanuelle LemesleAuteure de « Dernières nouvelles » dans notre recueil « nouvelles dans l’ascenseur », Emmanuelle Lemesle est née en 1967 à Coutances (Manche). Elle a été documentaliste dans l’enseignement pendant vingt-deux ans. Également correspondante locale de presse pour Ouest-France, essentiellement dans les pages culture de l’édition de Cherbourg, elle collabore depuis 2009 au magazine culturel semestriel La Manche, territoire d’expression.

Elle se lance parallèlement dans l’écriture de textes plus personnels  (2010 : exposition Aux Arbres et cætera, château des Ravalet, Tourlaville ; 2012 : exposition collective Passager, à Equeurdreville). En 2011 paraît son premier livre, Les Sentiers du littoral en Cotentin, aux Éditions du Cotentin, avec des photographies de Bruno Mercier. En 2012, Emmanuelle Lemesle collabore au Dictionnaire agricole illustré de la Manche, paru aux éditions R&Co Publisher, et, en 2013, à l’ouvrage collectif du même éditeur : DicoCité illustré de Cherbourg-Octeville.  En juin 2014, elle publie Lucien Goubert : peintre et photographe pour le compte de l’association 3Angles, à l’occasion de l’exposition éponyme organisée cet été dans la Hague (Manche) au manoir du Tourp et au château de Flamanville.

 

Extrait de « Dernières nouvelles » :
[…] Au début, Renaud trouvait que Vulcanos, cela faisait super héros. Un côté ridicule, surtout avec l’éclair du logo. Avec Karine, ils avaient même inventé des slogans, le poing tendu comme Superman : « Vulcanos : une efficacité féroce », « Avec Vulcanos, le feu n’est pas à la noce ». Donner le nom du dieu du feu à une société qui fait tout pour l’éteindre, ils trouvaient cela bizarre. Karine ne se souvenait pas vraiment avoir étudié l’Antiquité romaine au collège, mais par contre, à force de travailler chez les personnes âgées, elle est incollable aux mots fléchés, au Scrabble, à Julien Lepers et au Compte est bon. Alors le rapprochement Vulcanos-Vulcain, c’était facile !
La tour B25 est sécurisée et chacun porte un badge à l’effigie de son employeur. Il faut le présenter devant chaque porte, même celle des toilettes et de l’ascenseur. La B25, c’est 1984 en 2014. Renaud se rend au treizième étage. Au septième, les portes de l’ascenseur s’ouvrent, et deux collègues de la même boîte (elles ont le même badge) entrent en poussant de gros soupirs. Elles tournent le dos à Renaud, qui ne peut donc pas lire sur leurs jolies bouches les raisons de leur agacement. De toute façon, il a d’autres soucis en tête : il repense aux experts-comptables qui veulent encore changer de système d’extincteurs et repasser de la pression auxiliaire à la pression permanente. Il faudra établir le devis en rentrant ce soir. Juste avant le repas d’anniversaire de Karine.
Renaud referme derrière lui la porte de l’organisme de formation, et il appelle l’ascenseur. Tiens, il est bien plus rempli que tout à l’heure. Pourtant la journée n’est pas encore finie. Presque toutes les personnes arborent le même badge « Paris Presse Hebdo » du septième. Comme les deux femmes aux gros soupirs, il y a un quart d’heure. Renaud n’y avait jamais vraiment fait attention, mais c’est vrai qu’avec Internet, la rédaction et l’imprimerie d’un journal ne sont plus forcément au même endroit. C’est donc bien dans la B25 que se trouve le siège de l’hebdomadaire national, filiale d’un groupe de presse américain. Mais que font-ils tous dans l’ascenseur, visiblement agités, et à un étage supérieur au leur ? Surtout qu’une fois au rez-de-chaussée, à part un gars d’une assurance et Renaud, tout le monde reste dans la cabine… et remonte.

L’énigme continue d’inquiéter Renaud, même une fois sorti de la tour. Il en parle le soir à sa femme, tout en rédigeant les devis promis.

— Ils sont peut-être allés à un pot dans une autre boîte au-dessus ?, suggère Karine, venue se placer devant son mari pour qu’il « l’entende ».
— À 15 heures 30 ? Non… Et puis ils seraient descendus au septième.
— Ou alors ils avaient trop chaud et ils sont allés sur le toit.Karine porte un tablier de cuisine : c’est son anniversaire, mais elle a tenu à mitonner son fameux tajine, qu’ils vont manger en amoureux.
— Non, pareil, et puis c’est les locaux techniques sur le toit. Personne ne peut y aller.
— Attends. Ils bossent au septième étage. Tu les retrouves au treizième et ils ne s’arrêtent ni à leur étage ni en bas, c’est ça ? Résume Karine, qui se prend au jeu.
— Oui, va comprendre…Renaud capitule en haussant les épaules. Il se lève, sort le cadeau pour sa femme du tiroir de son bureau, et suit celle-ci dans la cuisine.[…]

 

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