SAM_0690 (3)Auteur de « Panier de crabes » dans notre recueil de « Nouvelles dans l’ascenseur », Johann Leloup vous parle de lui :

« Né un 4 juillet 1975, Normand d’origine, j’ai grandi dans la périphérie de Caen.Depuis une dizaine d’années, je vis avec ma compagne et ma fille en Seine-Maritime, à Dieppe, où j’enseigne l’anglais.
Comme de nombreux auteurs, mon histoire avec l’écriture remonte à l’enfance. Dès le primaire, encouragé par la pédagogie Freinet, je publie des histoires dans « Le Chant des Grillons », le journal de mon école. Jeune lecteur compulsif, je dévore tout ce qui me passe entre les mains. A l’adolescence mon imaginaire carbure à l’héroic-fantasy, je joue aux jeux de rôle, écris des scénarios, invente des personnages : les prémices d’une démarche romanesque, quand j’y repense.Parallèlement c’est aussi la période où je me passionne pour les langues étrangères. Je commence par l’anglais, puis vient le russe, l’italien et enfin l’espagnol. Je découvre que chacune possède sa vérité, ses accents, son rythme, sa tonalité, ses trésors, mais aussi ses mystères et c’est tout naturellement que je m’oriente vers des études littéraires. Une Licence en poche, je déserte les amphis. Trop de fourmis dans les jambes.Une furieuse envie de voir du pays. La faute à la littérature déjà : transporté par la lecture de Kerouac, je boucle mes valises sur un coup de tête et trace ma route vers d’autres horizons.
Pendant ces années nomades, je respire le parfum de la liberté et fais le plein d’expériences. Je traverse l’Angleterre en stop, les Etats-Unis en bus, l’Italie et l’Espagne en guimbarde, dégottant ici et là des petits boulots,griffonnant mes impressions dans des carnets de voyage, creusets des parlers auxquels je m’initie au fil de mes errances.
De retour en France, je retrouve ma langue maternelle,elle m’a manqué. Je redécouvre sa beauté, sa poésie, sa puissance mais aussi sa folle exigence. C’est à cette époque que je pose mes valises et débute ma carrière d’enseignant. J’y rencontre ma chère et tendre, professeure de français. Coïncidence : elle aussi écrit.Extrêmement bien. C’est un tournant : du jour au lendemain, je n’écris plus pour moi seul mais pour Elle. Elle sera ma première lectrice.Mais pas immédiatement. Même si une sensibilité commune nous unit,il me faudra du temps avant d’oser lui dévoiler des embryons de texte, des fragments de récits, s’en remettre à ses avis sans complaisance.
Plus tard, nous écrirons un roman ensemble.
A partir de là,l’écriture ne me quittera plus.
Elle s’est installée dans ma vie.
Est devenue une nécessité.
Un geste quotidien.
Une hygiène de l’esprit.
Un terrain de jeux inépuisable.
Un champ d’expérimentation infini.
Un défi permanent.
En cela, l’écriture se rapproche des voyages : on s’immerge dans l’inconnu,avec la promesse sans cesse renouvelé de territoires à découvrir et à apprivoiser.C’est excitant, parfois éprouvant, toujours enrichissant et source de bien des surprises en cours de route !
Au final, c’est partir à la rencontre de l’Autre.
Essayer de lui parler,
de l’émouvoir,
et peut-être laisser en lui un souvenir,
une empreinte,
aussi infime soit-elle…

Extrait de « Panier de crabes » :

[…].Le brouillard drape bâtiments et silhouettes. Un vent sec et glacial saisit les cadres financiers qui pressent le pas sur le parvis de la Défense pour échapper à la morsure du froid et rejoindre la chaleur artificielle de leur bureau. Dans les douze étages du building qui abrite Axis, renommée banque d’investissements, les jours se suivent et se ressemblent. Une fois encore, la matinée ne démarre pas sous les meilleurs auspices. Deux molosses de la sécurité empoignent un individu hors de lui devant l’ascenseur.
Étage 7
9 h 17

Deux agents de sécurité
Gilles Duhamel (Informaticien système chez Brown § Hobbes, concurrent d’Axis), Gwladys Duhamel (Trading Desk Manager)

Gilles Duhamel se débat et essaie d’échapper aux griffes des agents de sécurité.
— Mais lâchez-moi putain ! J’ai pas fini de lui refaire le portrait à ce petit enfoiré !
— Calmez-vous, Monsieur ! Nous vous conseillons vivement de baisser d’un ton ou mon collègue et moi pourrions devenir très désagréables avec vous. Écoutez-moi bien ! Nous allons vous raccompagner gentiment jusqu’à la sortie et si tout se passe bien, on ne vous fera pas de mal. Dans le cas contraire, évidemment…
Un des agents lui comprime le bras avec violence. L’homme ne peut réprimer un cri de douleur bien qu’on lui ait formellement enjoint de se taire.
— Considérez ceci comme un échantillon de notre force de dissuasion. Tenez-vous à carreau, si vous ne voulez pas expérimenter ce genre de traitement à plus haute dose.
L’autre agent appuie sur le bouton du rez-de-chaussée. Au lieu de se refermer, les portes s’ouvrent brusquement, laissant rentrer une femme à la beauté froide et aux pommettes saillantes, vêtue d’un élégant tailleur anthracite parfaitement ajusté. Ses talons aiguilles claquent sur le revêtement du sol. Son regard assassin se plante dans celui de l’homme sous escorte qui, tout à coup, se fige, comme pétrifié. Son parfum envoûtant emplit aussitôt la cabine de l’ascenseur.
— Qu’est-ce que c’est que cet esclandre, Gilles ? Tu pourrais m’expliquer, ce qui me vaut l’honneur de te voir débarquer sur mon lieu de travail dans cet état de nerfs en te jetant sur un de mes collaborateurs pour le rouer de coups. Ça va pas bien ou quoi ? Tu voudrais me mettre dans l’embarras que tu ne t’y prendrais pas autrement !
— Tu veux que je t’explique ? Sans aucun problème, Gwladys ! Figure-toi que ce matin, j’ai reçu un appel anonyme à notre domicile. Après ton départ, juste avant d’aller conduire les enfants à l’école ! Et tu sais ce que la voix au bout du fil m’a annoncé ? Que ma femme s’envoyait régulièrement en l’air avec un dénommé Quentin Delattre, un jeune trader travaillant depuis peu dans sa division. Qu’est-ce que tu dis de ça ?
— Un appel anonyme !… Et c’est tout ?
— Je te demande pardon ? C’est tout ? Je rêve là, on est quand même en train de parler de…
—… Ce que tu peux être nigaud des fois Gilles, c’est dingue ça ! C’est un coup monté, voyons ! Tu aurais dû venir m’en parler immédiatement au lieu d’aller molester un pauvre collègue innocent qui n’a que l’embarras du choix ici pour trouver un bon avocat. Réfléchis deux secondes ! Ce jeune homme a quinze ans de moins que nous, il pourrait quasiment être notre fils. Ça n’a strictement aucun sens. Et tu travailles chez Brown § Hobbes en plus de ça, tu devrais pourtant le savoir que nous opérons dans un secteur extrêmement concurrentiel. Réveille-toi, mon chéri, je te rappelle que nous signons des contrats dont les montants sont astronomiques, avec des enjeux colossaux. Va voir tes collègues, pas les geeks de ton service bien sûr, mais ceux qui bossent dans la finance et demande-leur si les coups bas ne pas sont monnaie courante dans le monde des affaires. Tu verras ce qu’ils te diront ! Alors, fais-moi plaisir, oublie ces conneries, ressaisis-toi et retourne au travail ! Pendant ce temps-là, je vais essayer d’arrondir les angles avec Delattre. Comme si je n’avais que ça à gérer en ce moment !
L’ascenseur arrête sa course.
— Quant à vous, Messieurs, je compte sur vous pour traiter mon mari avec autant de respect qu’il se doit jusqu’à la sortie. Et je ne saurais trop vous conseiller d’oublier la conversation à laquelle vous venez d’assister, me suis-je bien fait comprendre ?
Les portes s’ouvrent.
Les deux agents acquiescent et raccompagnent Gilles Duhamel jusqu’à l’entrée. Ils croisent dans le hall l’honorable Auguste Vermaeke, septuagénaire au sommet de la pyramide d’Axis, une institution dans l’institution.[…]

 

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