julieAuteure de « La cage d’Ulysse » dans notre recueil « Nouvelles dans l’ascenseur », Julie Lamidieu nous parle d’elle :

« J’ai toujours préféré raconter l’histoire des autres plutôt que la mienne, ne sachant guère où elle a commencé ni où elle ira.
Ce dont je suis sûre, c’est que j’aime les mots ; je les traque autant qu’ils me font perdre la tête.
La passion de la lecture m’a été transmise très tôt, et l’écriture est venue naturellement, au cœur et au creux de la main.
Férue de littérature, je me suis dirigée vers une prépa Lettres hypokhâgne/khâgne à Strasbourg, où j’ai obtenu ma Licence de Lettres Modernes.
J’étudie désormais à Grenoble, en master médiation et production des formes culturelles spécialisé en Editions.
J’ai participé à quelques concours d’écriture qui m’ont encouragé dans cette voix, notamment le Prix Interrégional des Jeunes Auteurs en 2012 où j’ai été lauréate de la région Franche Comté.
J’aime le mot juste et rieur, la phrase incisive, mordante et sucrée. L’écriture est l’étrangeté, la nouveauté, et pourtant, ce qui nous lie intimement au monde. Comme l’écrit Kafka « dans le combat entre toi et le monde, seconde le monde. »
C’est avec l’écriture que je m’y tiendrai, espérant insuffler un peu de poésie et de joie à tous les rêveurs (confirmés ou non) ».

Extrait de « La cage d’Ulysse » :
[…]
Les portes s’ouvrent. La mère sort avec ses petits, un sourire gêné pour me dire au revoir. Un couple monte. Ils se disputent. La nana dit au mec qu’elle n’aime pas les ascenseurs et qu’il le sait très bien. Elle crie qu’il la torture. Il lui dit doucement de se calmer. Il faut bien qu’elle apprenne à surmonter ça. Regarde en plus, on n’est pas tout seul. Là, je comprends le rôle crucial que je joue entre eux : je suis la sécurité intermédiaire. Je n’ai rien demandé. Pourquoi faut-il absolument justifier sa présence ? Je suis ici, c’est tout, fichez-moi la paix ! Je sens qu’ils sont encore capables de me demander des comptes. Profiteurs ! Je tente l’indifférence, mais la nana est vraiment paniquée, alors je lui sors un sourire tout gentil et niais. Je prie pour que l’ascenseur ne tombe pas en panne. J’ai peur de la panne, mais j’ai encore plus peur de cette nana. Je vois en elle tout un potentiel d’hystérie.

J’imagine la scène : nous sommes entre le septième et le huitième étage. L’ascenseur ralentit. De plus en plus. Il s’arrête net et tout à coup, plus de lumière. La voilà, cette fameuse panne. Bien sûr, la nana crie. Le mec est calme. Il tente de l’apaiser. Elle commence à suffoquer, à pleurer, et même à s’arracher les cheveux. Lui, en homme de la situation, lui prend les mains et la regarde droit dans les yeux : « t’en fais pas bébé, l’ascenseur va repartir tout de suite. Je suis là, ne t’en fais pas ». Ce qu’il ignore, c’est que ses mots sont strictement inutiles et que la crise de panique vient déjà de se propager dans le sang de notre victime. Pas besoin d’intraveineuse, l’imagination suffit. À cet instant, je désire vraiment plus que tout être la petite bête cachée dans un coin obscur. De préférence, une petite bête dépourvue d’oreilles, car elle hurle maintenant et c’est insupportable ! Même un chien qui aboie à la mort casse moins les oreilles que cette furie. Le mec a honte d’elle. Ça irait mieux pour lui si je n’étais pas là. Je suis un témoin gênant. D’habitude, elle se tient bien, je vous assure. Je ne sais pas ce qui lui prend. Vous savez, elle est très modérée, jamais un seul faux pas, mais là vraiment elle est toute déréglée, ma bichette. Et à ces mots, elle lui assène un violent coup de poing dans le nez. C’est un gars solide, ça ira. Il est surpris. Elle continue de le frapper pour extraire la peur de son corps. Elle arrache ses fringues, car elle étouffe. Elle n’en peut plus de cette chaleur insupportable. Il faut qu’elle dégrafe ce putain de soutien-gorge qui la serre depuis ce matin. Et ce slim qui lui moule le cul, tout ça pour faire plaisir à cet idiot qui la trouve si sexy dans cette tenue. Il faut tout enlever. Elle va faire un carnage si elle ne s’allège pas. Qu’une seule personne lui fasse une remarque et elle l’étrangle avec sa culotte. Tiens d’ailleurs qu’est-ce qu’elle fait encore là ? Elle la jette furieusement et insulte le monde entier.

Moi, je tisse ma toile tranquillement. J’observe la scène, comme les Dieux pariant sur la destinée d’Achille. Je dois avouer qu’il est fascinant d’être si près de la folie. L’ascenseur bouge et s’arrête de nouveau. Le mec reprend ses esprits. La nana s’acharne toujours contre lui. Il se défend si bien qu’il la pousse et que la cage en métal vibre. Finalement, cette lutte trouvera son dénouement fatal par l’ouverture des portes de l’ascenseur. Tout n’était que fiction. L’ascenseur n’est jamais tombé pas en panne. Le couple s’en va. Main dans la main. Ne formant qu’un. Pour toujours. Forever et cœur. Sans un pas de travers.[…]

Retrouvez « La cage d’Ulysse » de Julie Lamidieu dans notre recueil « Nouvelles dans l’ascenseur »

 

 

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