LE QUAI DU SHOGUN de Louis Claudon

Un thriller très japonais

256 pages
Format 14X21 – Broché – couverture à rabats
Prix : 19,50€
ISBN : 978-2-37114-073-8
En librairie depuis mars 2020
Diffusé et distribué par DILISCO

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– Les lieux : Tokyo, que l’on parcourt, l’auteur y vit depuis plus de 40 ans.
– Une journaliste et un attaché d’ambassade attachants
– Un jeu de piste dont les indices se révèlent dans des haïkus.
– L’ennemi : les GAFAs ou la Corée du Nord ?
– Un récit inspiré des potentiels dérapages de la recherche en Intelligence Artificielle
– Des sentiments, de l’action, de la science
– Deux jours de course poursuite pour résoudre l’énigme d’un enlèvement

Le quai du Shogoun shogon Envolume auteur

Louis Claudon vit depuis plus de 40 ans au Japon. Il a quitté la France muni de son diplôme d’ingénieur et n’est revenu y vivre que brièvement, histoire de ne pas perdre sa langue. Après un temps aux États-Unis il a atterri au Japon, s’y est trouvé fort bien et y a construit sa vie. Il est titulaire d’un doctorat de l’Université de Tokyo. Après des années de diplomatie économique à l’ambassade de France, il y a dirigé le bureau d’Arianespace.
Le quai du shogun est son premier roman.

Une vidéo de la librairie Les yeux qui pétillent

Résumé

Dans son premier roman, Le quai du shogun, Louis Claudon met en scène dans le Tokyo d’aujourd’hui un attaché d’ambassade, une journaliste, un professeur de physique quantique, une jolie Japonaise et un ancien barbouze américain. Il y ajoute les ambitions technologiques secrètes d’un État voyou asiatique et d’un grand conglomérat technologique américain.
Le professeur disparaît en compagnie d’une Japonaise agent nord-coréen, un cadavre est retrouvé dans sa chambre. Enlèvement ou manipulation ? La journaliste et l’attaché de l’ambassade sont entraînés dans l’enquête parallèlement à la police. L’enjeu pour les deux héros qui partagent des connaissances dans les nouvelles technologies est de retrouver au plus vite ce professeur. Ils y parviennent, en décryptant le sens caché de haïkus que celui-ci, un peu fantasque, laisse traîner dans son sillage et au prix de courses poursuites. S’enchaînent, un tremblement de terre salvateur et une prise d’otage. La nature du secret des nouvelles capacités de l’intelligence artificielle découverte par le professeur, pas si innocent que cela, sera enfin révélée aux Nations Unies.

Extrait

Elle connaissait bien l’aéroport de Tokyo-Haneda, où elle guidait souvent des groupes français et européens. Pour une fois elle arrivait seule : sans touristes, sans jeunes et sans retraités. Elle se laissa porter par les trottoirs roulants qui, dans un décor doux et feutré, menaient du terminal d’arrivée à l’office sanitaire et au contrôle des frontières. Elle tendit son passeport rouge à l’agent d’immigration, qui le présenta à un lecteur biométrique caché et le lui rendit sans mot dire. Une lueur qu’elle connaissait bien avait traversé le regard de l’homme. Il le détourna aussitôt. L’ancienne activiste pro-Corée du Nord restera toujours dans leurs fichiers, pensa-t-elle avec un haussement d’épaules en se dirigeant posément vers les carrousels à bagages.
Des supporters français de rugby rencontrés dans l’avion avaient essayé de draguer cette Japonaise encore trentenaire, coiffée très court et habillée avec goût. Elle les avait tranquillement dissuadés et ils n’avaient pas insisté, déconcertés par son impavidité et son parfait bilinguisme, intimidés aussi par une certaine classe. Ils arrivèrent après elle devant le tapis roulant et se regroupèrent silencieusement à ses côtés. La fatigue du voyage, le décalage horaire et la soudaineté d’une contrée inconnue les avaient rendus timides et discrets.

Les premières valises se présentèrent rapidement sur le carrousel ; un employé de l’aéroport orienta prestement les poignées vers l’extérieur pour faciliter leur saisie par les voyageurs.
— Ils font pas ça chez nous, s’accordèrent deux membres du groupe.
Elle réprima un sourire.
— Vous voulez toujours profiter de notre minibus pour aller en ville ? demanda l’homme le plus proche, son voisin dans l’avion, en scrutant les bagages qui défilaient.
— Si ça ne vous dérange pas, répondit-elle avec détachement.
— Non, non, ce sera avec plaisir.
Un lascar derrière eux se permit un clin d’œil entendu ; les autres se détournèrent et se concentrèrent sur l’arrivée de leurs affaires.
Elle dirigea furtivement son regard vers l’autre extrémité du carrousel. Un Occidental paraissant tout juste quinquagénaire, grand et d’apparence distinguée, chevelure abondante, lunettes de marque, venait de récupérer une belle valise. Leurs regards se croisèrent une fraction de seconde. Elle et trois compagnons de vol trouvèrent aussi leurs bagages et poussèrent leurs chariots vers la douane et vers la sortie de la zone passagers.
Elle vit l’Occidental quinqua accueilli par deux Japonais souriants. Le plus jeune, sans doute un chauffeur, portait un panneau « Prof. Charles Delongeais » marqué du logo de la grande chaîne de télévision Niko TV. Elle reconnut tout de suite le second, un digne sexagénaire celui-là : le professeur Hajime Ishiguro, une vieille connaissance.
Ses cheveux drus étaient devenus tout gris. Son visage, aussi rond que ses lunettes depuis trop longtemps démodées, contrastait toujours avec un corps svelte qu’il maintenait droit comme un I. Il serra la main de son collègue comme s’il pompait l’océan Pacifique, et ils se parlèrent en anglais avec chaleur.
Elle détourna la tête et pressa le pas vers la sortie à la suite de ses nouveaux amis. Dehors un air plus chaud les enveloppa, loin toutefois des grandes chaleurs de l’été nippon. Le ciel était d’azur après le passage dans la région, la veille, de l’un des derniers typhons de la saison.

— Regarde, ils conduisent à gauche ici aussi… Ma parole, on se croirait chez les rosbifs !
La nuit tombait rapidement lorsque le minibus quitta l’aérogare vers un hôtel peuplé de nombreux autres supporters de l’équipe de France. À l’arrivée, elle trouva un groupe qui se préparait à partir pour une visite touristique. Après avoir confié sa valise à la réception et acheté des loups tricolores de supporter au magasin de l’hôtel, elle repartit en minibus avec le groupe. Il allait visiter le quartier touristique d’Asakusa. Elle mit une casquette et aida trois femmes ravies à masquer leurs visages avec des loups identiques à celui dont elle s’était elle-même parée. Plusieurs hommes en avaient acheté eux aussi et s’amusaient à se les chiper.
La petite horde ainsi affublée déambula bientôt dans une rue typique d’Asakusa encombrée d’autochtones et de touristes étrangers. Certains prenaient des selfies sur fond d’enseignes mystérieuses et parfaites pour
un téléchargement immédiat sur les réseaux sociaux.
La grande porte Kaminarimon eut beaucoup de succès. Dans l’une des longues travées de boutiques du quartier, ils virent des touristes chinois tenter vainement de marchander les prix de souvenirs trop chers. Un ivrogne local essayait son anglais sur tous les visages d’apparence occidentale.

À un moment propice elle se glissa au centre du groupe, retourna sa veste imperméable réversible, coiffa une voisine de sa casquette en riant, ôta son loup, et bifurqua dans une venelle obscure où, sans ralentir le pas, elle ajusta une perruque de cheveux mi-longs. Débouchant un instant plus tard dans une rue parallèle parsemée de bars, elle fit signe à un taxi en maraude, attendit que s’ouvre la porte automatique, monta et indiqua une adresse au chauffeur. La porte se referma et le taxi s’éloigna.
Elle sortit un miroir de poche, l’utilisa comme rétroviseur, sembla satisfaite et se détendit quelque peu. Pour plus de certitude elle renouvela brièvement ce manège à plusieurs reprises.
D’un regard devenu rêveur elle contempla une succession de quartiers résidentiels discrets, de parcs pour certains minuscules, de commerces aux lumières crues et d’immeubles sans âme, tous vivement illuminés par une Lune aussi pleine et resplendissante que celle observée au départ de Paris. Entre deux passages de voiles nuageux, elle distingua clairement sur le disque énigmatique la silhouette du traditionnel lapin battant son bloc de pâte de riz.
La fatigue succédant à la tension, le spectacle la livra à une mélancolie passagère qu’elle combattit de son mieux.
Elle arrêta le taxi après un carrefour, paya, descendit, continua à pied jusqu’à ce que le taxi ait disparu, puis revint sur ses pas et s’engagea sur le trottoir perpendiculaire.Arrivée dans un café presque désert, elle alla s’asseoir en face d’un Asiatique frêle et taciturne vêtu d’un costume sombre fané. Le cheveu rare et luisant, il portait d’épaisses lunettes cerclées de celluloïd noir. Il posa sur la table une enveloppe scellée qu’elle savait contenir deux passeports et un téléphone neuf. Ce n’était pas la première fois qu’elle changeait d’identité. Elle confia à l’homme le ticket de son bagage, qu’il partit récupérer à l’hôtel des supporters afin de le lui amener. Elle était certaine d’avoir déjoué toute filature éventuelle. Quant à son téléphone précédent, qui aurait pu la faire géolocaliser, il était au fond de la Seine depuis la veille.
Ce serait sa dernière mission.